"Nous dinâmes dans la cuisine de la grangère, les deux amies assises sur des
bancs aux deux côtés de la longue table, et leur hôte entre elles deux sur une
escabelle à trois pieds. Quel dîner! Quel souvenir plein de charmes! Comment, pouvant à
si peu de frais goûter des plaisirs si purs et si vrais, vouloir en rechercher d'autres?
Jamais souper des petites maisons de Paris n'approcha de ce repas, je ne dis pas seulement
pour la gaieté, pour la douce joie, mais je dis pour la sensualité.
Après le
dîner nous rimes une économie. Au lieu de pendre le café qui nous restait du déjeuner,
nous le gardâmes pour le goûter avec de la crème et des gâteaux qu'elles avaient
apportés; et pour tenir notre appétit en haleine, nous allâmes dans le verger achever
notre dessert avec des cerises. Je montai sur l'arbre, et je leur en jetais des bouquets
dont elles me rendaient les noyaux à travers les branches. Une fois, Mlle Galley,
avançant son tablier et reculant la tête, se présentait si bien, et je visai si juste,
que
La journée se passa de cette
sorte à folâtrer avec la plus
Enfin elles se souvinrent qu'il
ne fallait pas attendre la nuit pour rentrer en ville. Il ne nous restait que le temps
qu'il fallait pour arriver de jour, et nous nous hâtâmes de partir en nous distribuant
comme nous étions venus. Si j'avais osé, j'aurais transposé cet ordre; car le regard de
Mlle Galley m'avait vivement ému le coeur, mais je n'osais rien dire, et ce n'était pas
à elle de le proposer. En marchant nous disions que la journée avait tort de finir,
mais, loin de nous plaindre qu'elle eût été courte, nous trouvâmes que nous avions eu
le secret de la faire longue, par tous les amusements dont nous avions su la remplir. "